Dans mon processus créatif, au commencement n'est pas le verbe mais le geste. Je ne pars généralement pas d'une idée ou d'un motif précis : c'est le bois qui guide mes premiers pas.
Le bois est décidément mon matériau de prédilection. Nerveux ou tendre, il évoque à chaque fois un monde différent qu'il faut découvrir patiemment.
Il lui faut du respect. Il faut suivre le fil humblement et la moindre contrariété est sévèrement réprimée par la cassure nette et brutale.
Au cours du travail ses faiblesses apparaissent, ses tensions se relâchent. Ses fentes internes s'élargissent et il faut composer avec leur rectitude mais comme le disait Claude Nougaro " je possède de grandes failles en moi, mais c'est pour mieux laisser entrer la lumière ".
Une alchimie délicate et encore inexpliquée s'opère ; des lignes apparaissent, les équilibres se font, les pleins s'arrondissent, les vides se créent et l'idée surgit, le titre s'impose.
Un peu comme (sensation étrange et exaltante) si la sculpture s'était accomplie sans moi. Je ne suis que la main, la technique et l'outil, l'oeil qui corrige et j'ai souvent l'impression de participer à quelque chose qui m'échappe.
Comme le surfeur, en équilibre mouvant sur la vague puissante. Sa technique lui permet de ne pas boire la tasse et de suivre le chemin tracé par les éléments en une adaptation perpétuelle.
La vague qui me porte ainsi est faite des apports successifs de mes expériences :
La lutherie avec sa méticuleuse perfection ; art des courbes, des voûtes et des équilibres entre les tensions.
La musique, omniprésente et concomitante, avec les arabesques, les volutes, la beauté des entrelacs hamoniques.
Le jazz et l'improvisation instrumentale qui est l'art du lâcher prise et de la relation brute avec l'inconscient.
La nature de mon enfance toujours prête à refleurir avec ses odeurs d'herbes fraîches et ses lierres enlacés.
La sculpture achevée, recherche de l'équilibre des lignes. Chacune d'elles se déploie sans brisure dans un mouvement ample et continu, contourne les vides, s'élève et replonge au coeur du bois. Chacun de ces mouvements participe à la dynamique.
L'harmonie générale du mouvement fait apparaître l'idée directrice de la sculpture.
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